Les Carnets du Sous-Sol

Dossier de diffusion

Considéré a posteriori comme le texte premier du nihilisme, il ne s’agit pourtant pas d’un essai: écrit à la manière d’un monologue, le texte se décompose en deux parties inégales. Le premier tiers prend une forme plus théorique, tandis que les deux autres forment bloc pour illustrer le premier sous forme d’exemples, d’anecdotes qui sont arrivées dans le passé du personnage.

Il s’agit donc du long discours d’un homme qui rédige ses carnets enfermé chez lui, dans un sous-sol. Ce sous-sol, il y vit depuis quarante années. Autant dire que le ton est peu commun : entre délire paranoïaque, agressivité, narcissisme, mythomanie, obsessions fumeuses, schizophrénie, etc… la liste des affections psychologiques est longue, sans compter qu’il est probablement atteint d’épilepsie (comme la plupart des personnages centraux de Dostoïevski). Pourtant, c’est un discours très construit, référencé, bien écrit, qui sort : au milieu de ces élucubrations surgit une lucidité glaçante quant au monde dans lequel il vit : « C’est là qu’était le nœud de l’affaire, c’est là qu’était la saleté la plus nauséabonde ».

Obsédé par les « imbéciles et les canailles », les « hommes d’exception, ou d’action », les « palais de cristal », le « beau et le sublime, comme on disait jadis », la « conscience accrue » ; le discours est cyclique, presque répétitif. C’est néanmoins dans son insistance qu’il trouve sa force : dans la condamnation de la médiocrité qui l’entoure, dans l’exécration de lui-même et dans la conscience de soi, dans la méchanceté parfois pure et gratuite, aussi.

Texte comique aussi, car le narrateur est pathétique. Outre ses blagues douteuses qui ne font rire que lui, il en devient drôle de méchanceté. Difficile à suivre, certes, mais tellement abondant qu’il en devient irrésistiblement clownesque. Avec ses obsessions ridicules (des années d’effort pour un geste dérisoire), son comportement contradictoire (sa misanthropie et sa fascination pour autrui), les différents rôles qu’il endosse (de l’hypocondriaque au poète, de l’historien au théoricien, en passant par le dictateur de pacotille), il apparaît difficile à prendre au sérieux. Malgré tout, c’est encore son semblant de raison qui finit par l’emporter.

Le « sous-sol », c’est évidemment au premier degré le lieu dans lequel il vit, mais c’est aussi une métaphore de l’inconscient (au point que certains critiques verront en Dostoïevski un précurseur de Freud, notamment en prônant que la cause du Mal est le désir). Il s’agit bien d’une plongée dans les eaux troubles et profondes de son esprit, de son « palais mental », d’où l’apparition de contradicteurs imaginaires : ces « Messieurs », devant lesquels il se donne en public et imagine leurs réactions. Tout cela conditionne son discours de façon dialogique, et il est ainsi difficile de savoir où est la vérité de sa parole tant il prend de poses et agresse son auditoire. Œuvre psychologique aussi, si l’on peut dire, car le portrait ainsi dressé échappe à toutes les classifications par sa multiplicité.

Ainsi son écho ne cesse de sonner dans notre époque au nihilisme mondialisé…

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